Publié le 12 mars 2024

Contrairement à la randonnée en montagne sèche, en milieu tropical humide, boire de l’eau ne suffit pas : c’est la gestion active du sel et des électrolytes qui prévient l’effondrement métabolique.

  • Votre transpiration devient inefficace, ce qui provoque une surchauffe interne dangereuse même si vous buvez abondamment.
  • La perte massive en sodium et potassium par la sueur doit être compensée en continu pour éviter crampes, vertiges et défaillance cognitive.
  • Votre perception de la soif et de l’effort, calibrée pour un climat sec, est un indicateur trompeur et dangereux sous les tropiques.

Recommandation : Adoptez un protocole proactif de supplémentation en sodium et électrolytes dès le premier jour, et ne vous fiez jamais uniquement à votre sensation de soif.

Vous avez conquis des dénivelés alpins, géré votre effort sur des pierriers et maîtrisé votre hydratation par temps sec. Vous vous sentez prêt à affronter n’importe quel sentier. C’est précisément cette confiance, issue d’une expérience en climat tempéré, qui constitue votre plus grand danger face à une marche de huit heures sous 90% d’humidité. Vous pensez qu’il suffit de boire plus, peut-être trois litres au lieu de deux. C’est une erreur de jugement potentiellement fatale. La randonnée en milieu tropical humide ne se résume pas à une question de volume d’eau ingéré ; c’est une toute autre discipline physiologique.

Le problème n’est pas la chaleur elle-même, mais l’humidité saturée de l’air qui rend le principal mécanisme de refroidissement de votre corps – l’évaporation de la sueur – quasi inopérant. Votre corps se transforme en une chaudière qui tourne à plein régime sans pouvoir évacuer la chaleur. Vous transpirez abondamment, mais cette sueur ne s’évapore pas. Elle ruisselle, sans vous refroidir, tout en vous faisant perdre des sels minéraux et des électrolytes à une vitesse alarmante. C’est là que réside le piège : vous pouvez boire des litres d’eau et pourtant vous diriger tout droit vers un coup de chaleur, des crampes sévères ou une hyponatrémie (un déficit en sodium dans le sang) potentiellement mortelle.

Cet article n’est pas un simple guide de randonnée. C’est un protocole de survie physiologique. Nous allons déconstruire les mécanismes qui rendent l’effort en milieu tropical si différent et dangereux. Au lieu de répéter le conseil générique de « boire avant d’avoir soif », nous allons analyser la guerre métabolique qui se joue dans votre organisme. Nous verrons pourquoi vos chaussures, le poids de votre sac, votre concentration et même le choix de votre itinéraire deviennent des facteurs directs de votre équilibre hydrique. L’objectif est de vous armer de connaissances médicales et pratiques pour transformer une épreuve potentiellement désastreuse en une aventure maîtrisée, en gérant activement non seulement votre eau, mais surtout votre sodium, votre potassium et votre température interne.

Pour vous guider à travers les spécificités physiologiques et matérielles de cet environnement unique, nous aborderons chaque aspect de votre préparation, de l’équipement à la récupération.

Gore-Tex ou respirantes : quelle chaussure sèche le mieux après une traversée de rivière ?

Le choix des chaussures en milieu tropical humide dépasse la simple question de confort. C’est un paramètre vital de votre thermorégulation. En climat sec, une chaussure imperméable type Gore-Tex protège de l’humidité extérieure. Sous 90% d’humidité, cette membrane devient un piège. Elle empêche votre pied d’évacuer la transpiration, créant un microclimat saturé qui macère la peau et, surtout, perturbe la régulation thermique. Des pieds constamment mouillés et chauds signalent au corps une surchauffe localisée, l’incitant à produire encore plus de sueur, gaspillant ainsi eau et électrolytes. L’humidité ambiante augmente déjà considérablement les besoins hydriques, comme le souligne la Fédération Française de Randonnée.

La traversée d’une rivière n’est pas un incident, c’est une certitude. L’erreur serait de croire qu’une chaussure imperméable vous gardera au sec. L’eau s’infiltrera inévitablement par le haut. Une fois dedans, elle ne ressortira plus. À l’inverse, une chaussure de trail en mesh, non imperméable et très respirante, se gorge d’eau mais l’évacue aussi vite par simple pression à chaque pas. Elle ne sèchera jamais complètement, mais elle ne crée pas l’effet « sauna » délétère. L’expérience des treks réunionnais, comme sur le GR R2, montre que la gestion des pieds passe par des chaussettes en laine mérinos, qui isolent même mouillées, et l’application préventive de crèmes anti-frottement pour protéger une peau fragilisée par l’humidité constante.

Votre protocole post-traversée doit être mécanique et non une attente passive de séchage. Immédiatement après avoir franchi un gué, compressez vos chaussures en marchant pour expulser le maximum d’eau. Si une pause est prévue, changez pour votre paire de chaussettes sèches de rechange et accrochez la paire mouillée à l’extérieur de votre sac. Ce n’est pas pour qu’elle sèche, mais pour qu’elle s’aère et limite la prolifération bactérienne. Chaque traversée est un stress thermique qui coûte de l’énergie et de l’eau. Considérez de boire 200 ml d’eau supplémentaires dans la demi-heure qui suit pour compenser ce coût métabolique caché.

L’erreur d’emporter trop de « au cas où » qui vous casse le dos dans les dénivelés positifs

En montagne sèche, un kilo supplémentaire dans le sac est une question de confort. En milieu tropical humide, c’est un facteur direct d’effondrement physiologique. Chaque gramme superflu est un ennemi qui augmente votre production de chaleur métabolique. Votre corps, déjà en difficulté pour se refroidir à cause de la sudation inefficace, doit travailler encore plus dur. Cette surcharge mécanique se traduit par une augmentation exponentielle de la transpiration, et donc une perte accélérée d’eau et, plus grave encore, de sodium et de potassium. Le randonneur alpin, habitué à porter une polaire épaisse « au cas où », commet ici une erreur fondamentale. Le poids de cet item inutile le déshydrate plus vite que le froid qu’il est censé contrer ne le menacera jamais.

La corrélation entre le poids et la performance est brutale. Selon les données d’experts en trekking, une perte d’eau de 1% du poids du corps entraîne déjà une diminution de votre rendement musculaire de 10 à 15%. Imaginez l’impact avec un sac surchargé de 3 ou 4 kg : vous entrez dans une spirale de défaillance. Le poids augmente l’effort, l’effort augmente la chaleur, la chaleur augmente la sudation, la sudation (inefficace) augmente la perte en électrolytes, ce qui diminue votre performance et rend l’effort perçu encore plus intense. Votre sac à dos n’est pas un contenant, c’est un régulateur de votre métabolisme.

Comparaison visuelle entre un sac à dos optimisé et un sac surchargé en montagne

L’optimisation du sac à dos devient donc une stratégie de survie. Chaque objet doit être évalué non pas sur son utilité potentielle, mais sur son ratio poids/bénéfice physiologique. Une veste de pluie ultralégère (moins de 200g) est vitale. Une polaire de 600g est un luxe dangereux. Le « au cas où » doit être remplacé par une analyse rigoureuse des besoins réels sur le terrain. Pesez tout : le dentifrice (pastilles solides), le savon (feuilles), la nourriture (lyophilisée). Gagner 1 kg sur le poids de votre sac, c’est économiser près d’un demi-litre de sueur, et les précieux électrolytes qu’elle contient, sur une journée de marche intense.

Comment utiliser un GPS ou une carte IGN quand on ne voit pas à 5 mètres ?

La brume soudaine et épaisse des hauts de la Réunion, comme lors de l’ascension du Piton des Neiges, introduit un danger physiologique insidieux : la charge cognitive. Lorsque la visibilité tombe à quelques mètres, votre concentration est entièrement mobilisée par la recherche du prochain balisage et la vérification de votre trace GPS. Cette tension mentale intense a deux conséquences directes sur votre hydratation. Premièrement, elle vous fait complètement oublier les signaux de votre corps. Vous ne pensez plus à boire. Deuxièmement, le stress et la concentration augmentent votre métabolisme de base, vous faisant consommer plus d’énergie et donc produire plus de chaleur, ce qui aggrave la surchauffe métabolique.

Dans ces conditions, l’hydratation ne peut plus être intuitive ; elle doit être systématique et automatisée. L’expérience des randonneurs aguerris sur le GR R2 est sans appel : la meilleure stratégie est de programmer une alarme sur votre montre ou téléphone pour qu’elle sonne toutes les 20 à 30 minutes. Ce signal externe vous force à sortir de votre « tunnel de navigation » pour accomplir le geste vital de boire quelques gorgées. C’est un protocole simple mais qui court-circuite le piège de l’oubli induit par la concentration. La technologie, qui cause le problème (fixation sur l’écran GPS), doit aussi apporter la solution (l’alarme).

La préparation technologique est donc cruciale. Il est impératif de télécharger les cartes IGN Top 25 (série 4400RT pour la Réunion) en mode hors-ligne sur une application fiable comme iPhiGéNie avant même de partir. Se fier au réseau cellulaire est une utopie. La gestion de la batterie devient une priorité : maintenez votre téléphone en mode avion pour que le GPS fonctionne sans drainer l’énergie, et emportez systématiquement une batterie externe (power bank) de 10 000 mAh minimum, protégée dans un sac étanche. La navigation dans le brouillard est une épreuve d’endurance mentale qui se paie en ressources physiologiques. L’anticiper est la seule façon de ne pas payer l’addition par une déshydratation sévère.

Polaire ou coupe-vent : que porter quand il fait 25°C en bas et 5°C au sommet ?

La gestion des vêtements en milieu tropical montagneux est un exercice de thermorégulation active, pas de protection passive contre le froid. L’erreur du randonneur alpin est de penser en termes d’isolation. Il superpose les couches pour ne pas avoir froid au sommet. En milieu humide, la priorité absolue est d’aider le corps à évacuer la chaleur pendant l’effort. Votre organisme est une machine thermique : lors d’un effort, près de 75% de l’énergie que vous produisez est transformée en chaleur. Pour dissiper cette chaleur, le corps compte sur l’évaporation de la sueur. Or, avec 90% d’humidité, ce processus est quasi nul. Porter une polaire, même fine, pendant l’ascension, c’est comme envelopper votre moteur en surchauffe dans une couverture.

Le système des trois couches, dogme de la montagne, doit être radicalement repensé. La première couche (tee-shirt) doit être en synthétique ultra-respirant ou en laine mérinos fine pour tenter d’évacuer un minimum d’humidité de la peau. La deuxième couche, la fameuse polaire, doit rester dans le sac durant 95% de l’ascension. Elle ne sera sortie que lors d’une pause prolongée ou au sommet venté. La troisième couche, le coupe-vent déperlant et respirant, est votre outil principal. Il ne sert pas à vous tenir chaud, mais à vous protéger du refroidissement éolien (windchill) qui peut survenir même par 20°C si vous êtes trempé de sueur, et à vous abriter des pluies fines et fréquentes sans créer un effet sauna.

L’objectif est de marcher avec le moins de couches possible, en frôlant la sensation de fraîcheur au départ. Dès que vous sentez la chaleur monter, ouvrez votre coupe-vent. Si cela ne suffit pas, retirez-le. Vous devez activement gérer votre « enveloppe » pour maximiser la moindre convection d’air sur votre peau. Oubliez la peur d’attraper froid. Le danger immédiat et certain est le choc thermique interne, la surchauffe. Une polaire est un vêtement de repos, pas un vêtement d’effort dans cet environnement. Votre coupe-vent est un bouclier, pas une couette.

Pourquoi prévoir un jour de repos après le Piton des Neiges est essentiel pour les genoux ?

La descente du Piton des Neiges, avec ses milliers de marches et son dénivelé négatif brutal, est souvent perçue comme la fin de l’effort. Physiologiquement, c’est le début d’un traumatisme musculaire et articulaire majeur, exacerbé par l’état de déshydratation accumulé. Chaque pas en descente provoque des contractions musculaires excentriques qui créent des micro-lésions dans les quadriceps. Un organisme même légèrement déshydraté gère beaucoup plus mal ce stress. La Commission médicale de la FFRandonnée le rappelle :

Un déficit en eau de 2% du poids du corps entraîne une diminution d’énergie de 20%.

– Commission médicale de la FFRandonnée, Guide officiel sur l’hydratation en randonnée

Ce déficit, quasi certain après une telle ascension, signifie que vos muscles et tendons sont moins irrigués, moins capables d’amortir les chocs et d’évacuer les déchets métaboliques. Le jour de repos n’est donc pas un luxe, mais une phase de réparation active indispensable pour restaurer l’homéostasie hydrique et structurelle de votre corps. Enchaîner avec une autre journée de marche, c’est garantir une inflammation sévère des genoux (tendinite rotulienne) et des courbatures invalidantes.

Randonneur en phase de récupération avec vue sur les montagnes tropicales

Le protocole de récupération doit commencer dans les minutes qui suivent la fin de la descente. L’objectif est de réhydrater massivement le corps et de lui fournir les minéraux perdus. Un protocole efficace inclut de boire 3 à 4 litres d’eau enrichie en électrolytes dans les heures qui suivent. Le lendemain, continuez cette réhydratation active. Les traditions locales sont souvent pleines de bon sens : une tisane d’ayapana, plante réputée pour ses propriétés anti-inflammatoires, des jus de fruits frais locaux comme la banane pour leur richesse en potassium, et des bouillons salés pour restaurer le stock de sodium. C’est cette combinaison qui permettra à vos tissus de se réparer.

GR, PR, Sentier botanique : comment choisir son itinéraire selon la couleur du balisage ?

En milieu tropical, le choix d’un itinéraire ne se fait pas seulement sur la distance ou le paysage, mais sur son « coût hydrique ». La couleur du balisage est un premier indicateur de cet engagement physiologique. Un GR (Grande Randonnée, balisage blanc et rouge), comme le fameux GR R2 à la Réunion, implique des étapes longues et souvent des sections sans point d’eau fiable, nécessitant une planification rigoureuse et un emport d’eau conséquent (3 litres minimum par jour). Le secteur du Piton des Neiges, par exemple, est une « zone sèche » notoire entre le départ du Bloc et le refuge, puis entre le refuge et Bourg-Murat.

Un PR (Promenade et Randonnée, balisage jaune), bien que plus court en kilomètres, est souvent un piège hydrique. Ces sentiers sont fréquemment plus raides, plus techniques et moins équipés en points d’eau que les grands axes des GR. Une boucle de 4 heures sur un PR peut se révéler aussi exigeante en eau qu’une étape de 6 heures sur le GR, à cause d’un ratio dénivelé/distance bien plus élevé. L’effort y est plus intense, la production de chaleur plus grande, et la déplétion sodique plus rapide. Ne sous-estimez jamais un PR sous prétexte de sa courte distance affichée.

Enfin, les sentiers locaux, comme les sentiers botaniques ou les anciens sentiers « pécheurs », représentent une troisième catégorie. Les premiers sont souvent bien entretenus, ombragés et proches de sources, permettant un emport d’eau plus modéré (2 litres peuvent suffire). Les seconds, non officiels et souvent mal entretenus, sont à proscrire sans un guide local. Ils n’offrent aucune garantie sur la disponibilité de l’eau et peuvent vous mener à des situations critiques. La règle d’or est de toujours se fier aux informations des topo-guides officiels de la FFRandonnée qui indiquent les sources vérifiées et fiables, et de considérer toute autre source comme potentiellement tarie ou non potable.

Pourquoi 1km à la Réunion ne vaut pas 1km dans les Vosges (le ratio distance/dénivelé) ?

Votre expérience alpine vous a appris à lire une carte en termes de distance et de dénivelé. En milieu tropical humide, vous devez ajouter une troisième variable : le coût physiologique de l’humidité. Un kilomètre à 10% de pente dans les Vosges par 20°C et 60% d’humidité n’a absolument rien à voir avec le même kilomètre à la Réunion par 28°C et 90% d’humidité. Dans le second cas, l’incapacité de votre corps à se refroidir par évaporation transforme chaque pas en un effort beaucoup plus coûteux en énergie et, surtout, en eau et en électrolytes. Le terrain lui-même (boue collante, marches hautes, lapillis volcaniques) augmente encore ce coût.

Votre métabolisme est en surrégime constant. Comparer les besoins hydriques pour des efforts apparemment similaires est la meilleure façon de quantifier ce gouffre physiologique. Le tableau ci-dessous illustre comment l’environnement réunionnais multiplie les besoins par un facteur de 1.7 à 2, voire plus, par rapport à un climat tempéré continental comme celui des Vosges. Remarquez que cet écart se creuse encore plus avec le dénivelé et la technicité du terrain.

Besoins hydriques Vosges vs Réunion pour efforts équivalents
Parcours Vosges (climat tempéré) Réunion (90% humidité) Facteur multiplicateur
10km plat 1.5L 2.5L x1.7
15km + 1200m D+ 2L 3.5L + électrolytes x1.8
8km forêt de Bélouve (boue) 1.5L équivalent 3L x2
5km lapillis volcan 1L équivalent 2L + pastilles sel x2

Cette différence n’est pas linéaire. Plus l’effort est intense, plus le facteur multiplicateur augmente. C’est pourquoi votre planification doit être basée non pas sur la distance, mais sur une estimation du temps d’effort et de la technicité, en appliquant ces coefficients de sécurité. Partir sur la base de vos consommations habituelles dans les Alpes est le chemin le plus court vers une déshydratation sévère et un coup de chaleur. Vous devez recalibrer entièrement votre « compteur » interne.

À retenir

  • En milieu tropical humide, l’évaporation de la sueur est inefficace. Votre corps surchauffe même si vous êtes trempé, créant un danger de coup de chaleur interne.
  • La perte massive en sel (sodium) via une transpiration abondante est le principal risque physiologique. Compenser uniquement avec de l’eau peut mener à une hyponatrémie dangereuse.
  • Un kilomètre à la Réunion n’est pas un kilomètre dans les Alpes. Le coût métabolique (et donc les besoins en eau et électrolytes) est multiplié par 1.7 à 2 en raison de l’humidité et du terrain.

Comment préparer son sac pour le GR R1 ou R2 à la Réunion en autonomie partielle ?

Maintenant que vous comprenez les mécanismes physiologiques en jeu, la préparation de votre sac se transforme. Il ne s’agit plus de prendre de quoi « boire », mais de construire une véritable « pharmacie de l’hydratation » pour maintenir votre équilibre métabolique. L’autonomie partielle, avec nuits en gîte, ne vous dispense pas de cette préparation, car les étapes sont longues et les points de ravitaillement en eau sont parfois inexistants ou non potables. Au gîte du Piton des Neiges, par exemple, l’eau est non potable et doit être achetée à prix d’or (3-4€ le litre), il est donc vital d’avoir son propre système.

Votre kit ne doit pas seulement purifier l’eau, il doit la « fortifier ». Emportez systématiquement des sachets de réhydratation orale (SRO), du type de ceux utilisés contre les gastro-entérites. Leur composition en sel et en sucre est scientifiquement conçue pour une absorption maximale. Les pastilles d’électrolytes, riches en sodium et potassium, sont également non-négociables. Un filtre à eau portable (type Sawyer Squeeze, léger et fiable) est indispensable pour les sources indiquées comme « sûres » mais non traitées. En backup, des pastilles de purification (Micropur) ne pèsent rien et peuvent sauver une situation. Enfin, un petit sachet de sel de cuisine est le remède d’urgence le plus simple et efficace contre les crampes naissantes.

Matériel de filtration et purification d'eau pour trek tropical

La planification de l’eau doit se faire gîte par gîte, en se renseignant précisément sur la situation. Ne présumez jamais que l’eau est potable. Des sections entières comme celle entre la Caverne Dufour et Bourg-Murat sont totalement dépourvues de points d’eau. C’est dans ces étapes que votre capacité d’emport (poches à eau de 3L) et votre protocole de supplémentation feront la différence entre une randonnée réussie et un appel aux secours. La technologie est aussi un élément de ce kit : une batterie externe pour votre téléphone est aussi vitale que votre filtre à eau, car c’est elle qui garantit l’accès à vos cartes hors-ligne.

Votre plan d’action : audit de votre pharmacie d’hydratation

  1. Inventaire des électrolytes : Listez vos solutions de supplémentation. Avez-vous des SRO, des pastilles (sodium ET potassium), et du sel simple ?
  2. Système de purification : Vérifiez votre filtre principal (état, propreté) et votre système de backup (pastilles, date de péremption).
  3. Capacité de portage : Calculez votre volume total de portage d’eau. Est-il d’au moins 3 litres, et facilement accessible en marchant ?
  4. Protocole de consommation : Écrivez votre plan. À quelle fréquence buvez-vous ? Quand prenez-vous vos électrolytes (avant/pendant/après l’effort) ?
  5. Plan d’urgence : Que faites-vous si vous êtes à court d’eau entre deux sources ? Avez-vous les numéros d’urgence et un moyen de les contacter ?

Votre organisme est votre premier équipement de survie. Ne partez jamais en sous-estimant les exigences physiologiques d’un milieu aussi extrême. Pour appliquer concrètement ces principes, l’étape suivante consiste à réaliser un audit complet de votre sac et à établir par écrit votre protocole personnel d’hydratation et de supplémentation, bien avant de réserver votre billet d’avion.

Questions fréquentes sur l’hydratation en trek à la Réunion

Quelle quantité d’eau prévoir pour le GR R2 complet ?

Prévoyez un minimum absolu de 3 litres par jour et par personne. Vous pourrez vous ravitailler dans la plupart des gîtes où l’eau est potable, mais attention, une exception majeure est le gîte du Piton des Neiges. Là-haut, l’eau n’est pas potable et doit être achetée en bouteille, à un coût de 3 à 4 euros par litre.

Les sentiers PR sont-ils plus exigeants en eau que les GR ?

Souvent, oui, en proportion. Un PR peut être plus raide et technique sur une plus courte distance, ce qui augmente l’intensité de l’effort et la transpiration. De plus, ils sont généralement moins pourvus en points d’eau fiables. Il n’est pas rare qu’une randonnée PR de 4 heures requière la même quantité d’eau qu’une étape de GR de 6 heures.

Comment identifier les sources fiables sur les sentiers non balisés ?

La prudence est de mise. La seule méthode fiable est de se référer aux topo-guides officiels de la FFRandonnée, qui indiquent précisément les sources vérifiées et leur débit potentiel. Évitez de vous fier aux sentiers non officiels, comme les sentiers « pécheurs », qui n’offrent aucune garantie sur la présence ou la potabilité de l’eau.

Rédigé par Mathieu Grondin, Guide de Haute Montagne et Spécialiste Secours en Milieu Périlleux, diplômé d'État avec 15 ans d'expérience dans les massifs volcaniques tropicaux. Expert en gestion des risques naturels, équipements outdoor et préservation de la biodiversité endémique.